Taxe Zucman : propositions, avantages et critiques en 2026.

Arkefact Conseil en gestion de patrimoine - Bourel Alan
Alan Bourel
Fondateur et ingénieur patrimonial
Date de rédaction
20/01/2026

Introduction.

La « taxe Zucman » est devenue une expression courante dans les débats sur la justice fiscale internationale et la lutte contre l’évasion fiscale des ultra-riches. Derrière ce nom se cache Gabriel Zucman, économiste français mondialement reconnu pour ses travaux sur les inégalités et l’optimisation fiscale. Ses propositions audacieuses visent à réformer en profondeur le système fiscal mondial pour qu’il soit plus équitable et plus efficace face aux défis du XXIe siècle.

Cet article rédigé par Arkefact Gestion de patrimoine Nice propose une analyse exhaustive de la taxe Zucman, en explorant d’abord le parcours et l’influence de cet économiste visionnaire, puis en détaillant les fondements théoriques de ses propositions et leurs applications concrètes. Nous examinerons ensuite les avantages attendus de cette réforme fiscale, les critiques qu’elle suscite, ainsi que son impact sur le débat politique et médiatique contemporain.

Qui est Gabriel Zucman et pourquoi ses idées font-elles autant parler ?

Un parcours académique d'excellence.

Gabriel Zucman est un économiste français né en 1986, aujourd’hui professeur à l’Université de Californie à Berkeley et à l’École d’économie de Paris. Ancien élève de l’École normale supérieure, il a réalisé sa thèse sous la direction de Thomas Piketty, avec qui il partage une vision critique des inégalités économiques contemporaines. Ses recherches se concentrent sur la mesure des inégalités de richesse, l’évasion fiscale internationale et la conception de politiques fiscales plus justes.

Dès ses premiers travaux, Zucman s’est distingué par sa capacité à quantifier précisément des phénomènes jusqu’alors mal documentés, comme l’ampleur de la richesse cachée dans les paradis fiscaux. Ses études ont révélé que près de 10% du PIB mondial serait dissimulé dans ces juridictions opaques, privant les États de ressources fiscales considérables.

Un expert internationalement reconnu.

Les travaux de Gabriel Zucman ont rapidement acquis une portée internationale. Il a conseillé plusieurs gouvernements et institutions, notamment la sénatrice américaine Elizabeth Warren pendant sa campagne présidentielle de 2020, pour laquelle il a contribué à élaborer une proposition d’impôt sur la fortune. En France, il a également été consulté par différents responsables politiques sur les questions de fiscalité et d’inégalités.

Son livre « La Richesse cachée des nations », publié en 2013, puis « Le Triomphe de l’injustice », co-écrit avec Emmanuel Saez en 2019, ont contribué à populariser ses idées auprès d’un large public. Ces ouvrages démontrent comment le système fiscal actuel favorise les plus fortunés et proposent des solutions concrètes pour inverser cette tendance.

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Les fondements théoriques de la taxe Zucman.

Le constat d'une course vers le bas fiscale.

Au cœur de la réflexion de Zucman se trouve un constat accablant : depuis plusieurs décennies, les pays se livrent à une concurrence fiscale destructrice. Pour attirer les investissements étrangers et les sièges sociaux des multinationales, les États ont progressivement réduit leurs taux d’imposition sur les sociétés. Cette « course vers le bas » a fait chuter le taux moyen mondial d’imposition des entreprises d’environ 50% dans les années 1980 à moins de 25% aujourd’hui.

Cette dynamique profite essentiellement aux grandes multinationales et aux ultra-riches, qui peuvent facilement déplacer leurs revenus et leurs actifs vers les juridictions les plus avantageuses fiscalement. Les pays en développement sont particulièrement pénalisés, perdant des ressources cruciales pour financer leurs services publics et leurs infrastructures.

L'inefficacité des mécanismes actuels de lutte contre l'évasion fiscale.

Zucman souligne également que les instruments existants pour combattre l’évasion fiscale se sont révélés largement insuffisants. Les accords d’échange automatique d’informations fiscales, bien qu’utiles, présentent de nombreuses lacunes. Les conventions fiscales bilatérales créent un système fragmenté et complexe, facile à contourner pour ceux qui disposent des meilleurs conseillers fiscaux.

L’économiste démontre que les paradis fiscaux ont adapté leurs stratégies, passant de la simple opacité bancaire à des mécanismes plus sophistiqués comme les trusts, les fondations et les montages juridiques complexes. Cette évolution rend la lutte contre l’évasion fiscale toujours plus difficile avec les outils traditionnels.

Les propositions concrètes de Gabriel Zucman.

Un impôt minimum mondial sur les multinationales.

L’une des propositions phares de Zucman est l’instauration d’un taux d’imposition minimum mondial pour les entreprises multinationales. Cette idée a gagné en crédibilité et a inspiré l’accord historique obtenu en 2021 au sein de l’OCDE et du G20, qui prévoit un taux minimum de 15% pour les grandes entreprises.

Cependant, Zucman estime que ce taux de 15% reste trop faible et plaide pour un niveau plus élevé, autour de 25%, afin de générer des revenus substantiels et de véritablement décourager l’optimisation fiscale agressive. Il propose également que cet impôt soit calculé pays par pays, sur la base de l’activité économique réelle des entreprises, et non selon leur domiciliation fiscale artificielle.

Le mécanisme fonctionnerait ainsi : si une multinationale paie moins que le taux minimum dans un pays donné, les autres pays où elle opère auraient le droit de prélever la différence. Ce système éliminerait l’avantage des paradis fiscaux et garantirait que chaque entreprise contribue équitablement aux finances publiques.

Un registre mondial des actifs financiers.

Pour lutter efficacement contre l’évasion fiscale des particuliers fortunés, Zucman préconise la création d’un registre mondial des actifs financiers. Cette base de données internationale recenserait tous les comptes bancaires, portefeuilles d’actions, biens immobiliers et autres actifs significatifs, en identifiant leurs bénéficiaires réels.

Ce registre permettrait aux administrations fiscales de connaître précisément le patrimoine de leurs résidents, quelle que soit la localisation de leurs avoirs. Il mettrait fin au secret bancaire qui protège actuellement une part importante de la richesse mondiale. Zucman estime qu’un tel outil pourrait permettre de récupérer plusieurs centaines de milliards d’euros par an à l’échelle mondiale.

La mise en œuvre d’un tel registre nécessiterait une coopération internationale forte, mais l’économiste souligne que les technologies actuelles rendent cette ambition parfaitement réalisable. Plusieurs pays européens ont déjà créé des registres nationaux de bénéficiaires effectifs, démontrant la faisabilité technique du projet.

Un impôt progressif sur la fortune des milliardaires.

Gabriel Zucman défend également l’idée d’un impôt sur la fortune des ultra-riches, avec un taux progressif qui augmenterait avec le niveau de richesse. Cette taxe ciblerait spécifiquement les milliardaires et les centaines de millions de patrimoine, avec des taux pouvant aller de 2% à 5% ou plus selon les tranches.

L’objectif est double : générer des revenus publics substantiels pour financer les services essentiels et réduire la concentration excessive de richesse qui menace la démocratie et la cohésion sociale. Zucman démontre que même avec des taux modérés, un tel impôt pourrait rapporter des centaines de milliards de dollars annuellement à l’échelle mondiale.

Pour éviter l’évasion, cet impôt devrait s’appliquer aux citoyens et résidents d’un pays sur l’ensemble de leur patrimoine mondial, avec des mécanismes de sortie fiscale pour ceux qui renoncent à leur citoyenneté. L’économiste propose également des sanctions sévères pour les pays qui refuseraient de coopérer à cette taxation.

Les avantages théoriques de la taxe Zucman.

Une réduction significative des inégalités.

Le premier bénéfice attendu des propositions de Zucman est une réduction substantielle des inégalités de richesse. Les ultra-riches ont vu leur fortune exploser ces dernières décennies, tandis que les classes moyennes et populaires stagnaient. Un impôt progressif sur la fortune ralentirait cette concentration et redistribuerait une partie de ces ressources vers l’ensemble de la société.

Les études de Zucman montrent que sans intervention, les inégalités continueront de se creuser, créant des sociétés de plus en plus polarisées et des tensions sociales croissantes. 

Des ressources nouvelles pour les investissements publics.

Les revenus générés par ces nouvelles taxes pourraient financer des investissements massifs dans l’éducation, la santé, les infrastructures et la transition écologique. Zucman estime que plusieurs centaines de milliards d’euros par an pourraient être mobilisés à l’échelle mondiale, permettant aux États de répondre aux défis contemporains sans creuser leur dette.

Dans un contexte où le changement climatique exige des investissements colossaux et où les systèmes de santé et d’éducation nécessitent des financements accrus, ces ressources nouvelles seraient cruciales. 

Une amélioration de l'efficacité économique.

Contrairement à une idée reçue, Zucman argue que ses propositions amélioreraient l’efficacité économique globale. Actuellement, des ressources considérables sont gaspillées dans l’optimisation fiscale : des bataillons d’avocats, de comptables et de conseillers déploient des trésors d’ingéniosité pour minimiser l’impôt plutôt que pour créer de la valeur économique réelle.

En simplifiant le système fiscal et en éliminant les opportunités d’évasion, on libérerait ces talents pour des activités productives. De plus, la réduction des distorsions fiscales permettrait une allocation plus efficace du capital, actuellement biaisée par les considérations fiscales plutôt que par la rentabilité économique véritable.

Les critiques et objections à la taxe Zucman.

La question de la faisabilité pratique.

Les détracteurs de Zucman soulèvent plusieurs objections pratiques. La principale concerne la difficulté de coordonner une réforme fiscale à l’échelle mondiale. Même si de nombreux pays soutiennent le principe d’une taxation minimale, quelques juridictions récalcitrantes pourraient suffire à compromettre l’efficacité du système.

Certains économistes estiment également que l’évaluation précise de certains actifs, notamment les entreprises non cotées et les œuvres d’art, pose des défis techniques importants. Zucman répond que ces difficultés sont surmontables avec des méthodologies appropriées et que la perfection ne doit pas être l’ennemi du bien.

L’utilisation et l’efficacité des recettes fiscales.

Au-delà des difficultés techniques et institutionnelles liées à la mise en place d’une taxation minimale du patrimoine, une autre limite majeure mérite d’être soulignée : celle de l’utilisation effective des recettes fiscales ainsi collectées. Les propositions de Gabriel Zucman reposent sur l’hypothèse implicite selon laquelle une augmentation des ressources publiques se traduirait mécaniquement par une amélioration de l’action de l’État et du bien-être collectif. Or, cette relation est loin d’être systématique.

Dans de nombreux pays, la pression fiscale est déjà élevée sans que cela ne garantisse une allocation optimale des fonds publics. Les dysfonctionnements liés à la mauvaise gestion, au gaspillage budgétaire ou à la corruption peuvent considérablement réduire l’impact réel de recettes supplémentaires. Dès lors, accroître les prélèvements obligatoires sans s’interroger sur la qualité des institutions et des mécanismes de contrôle revient à renforcer des États parfois inefficaces, voire défaillants.

Par ailleurs, l’absence de fléchage précis des fonds issus d’une taxe internationale sur les grandes fortunes laisse planer une incertitude quant à leur usage final. Selon le contexte politique et institutionnel des pays bénéficiaires, ces ressources pourraient tout autant financer des politiques publiques utiles que nourrir des logiques clientélistes ou des pratiques frauduleuses. Ainsi, la question n’est pas seulement de savoir comment taxer, mais surtout comment garantir que les sommes perçues soient utilisées de manière transparente, efficace et conforme à l’intérêt général.

Cette critique souligne donc une limite structurelle de la taxe Zucman : sans réformes parallèles visant à améliorer la gouvernance publique, la transparence budgétaire et la responsabilité des États, l’augmentation des recettes fiscales risque de ne produire que des effets limités, voire contre-productifs.

Les risques pour la compétitivité et la croissance.

Des critiques, notamment du côté libéral, affirment que des taxes élevées sur les entreprises et les fortunes pourraient décourager l’investissement et l’entrepreneuriat. Ils craignent une fuite des capitaux et des talents vers des pays moins taxés, ainsi qu’un ralentissement de l’innovation et de la création d’emplois.

Zucman rétorque que ces craintes sont exagérées et que les données historiques ne montrent pas de corrélation claire entre taux d’imposition et croissance économique. Il rappelle que les périodes de forte croissance des Trente Glorieuses coïncidaient avec des taux d’imposition bien plus élevés qu’aujourd’hui. L’important est que la taxation soit prévisible, stable et appliquée de manière cohérente.

Conclusion.

La taxe Zucman ne peut être réduite à une simple réforme technique de la fiscalité internationale. Elle soulève des enjeux économiques, politiques et institutionnels profonds, en interrogeant à la fois la justice fiscale, la capacité des États à coopérer et l’efficacité réelle de l’action publique. Si ses objectifs — lutter contre l’évasion fiscale et réduire les inégalités — répondent à des préoccupations largement partagées, leur mise en œuvre soulève des difficultés concrètes qui dépassent la seule question de la taxation.

En particulier, l’efficacité d’une telle réforme dépendrait étroitement de la qualité des institutions chargées de collecter et de redistribuer les recettes. Or, l’expérience montre que l’augmentation des ressources publiques ne garantit pas en soi une meilleure allocation des fonds ni une amélioration du bien-être collectif. Sans mécanismes renforcés de gouvernance, de transparence et de contrôle démocratique, le risque existe que ces nouvelles recettes alimentent des inefficacités, voire des dérives.

Dès lors, la taxe Zucman apparaît moins comme une solution clé en main que comme un élément d’un débat plus large sur le rôle de l’État, la coordination internationale et l’usage des ressources publiques. Elle contribue utilement à déplacer le débat sur la fiscalité et les inégalités, mais son impact réel dépendrait de réformes complémentaires, sans lesquelles ses ambitions pourraient rester largement théoriques.

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Questions

FAQ.

La taxe Zucman est une proposition d’imposition visant les grandes fortunes afin de lutter contre l’évasion fiscale et les inégalités de patrimoine.

La taxe Zucman est proposée par l’économiste français Gabriel Zucman, spécialiste de la fiscalité internationale.

L’objectif de la taxe Zucman est de taxer plus équitablement les très hauts patrimoines et de limiter l’optimisation fiscale.

La taxe Zucman viserait principalement les milliardaires et les très grandes fortunes.

La taxe Zucman consisterait à imposer un taux minimum sur le patrimoine des ultra-riches, indépendamment de leur localisation fiscale.

Les propositions évoquent un taux annuel d’imposition du patrimoine autour de 2 % pour les grandes fortunes.

Non, la taxe Zucman est à ce stade une proposition et n’est pas appliquée telle quelle dans la plupart des pays.

La taxe Zucman est pensée comme une taxe coordonnée au niveau international pour éviter l’évasion fiscale.

Elle est soutenue pour sa capacité à réduire les inégalités et à renforcer la justice fiscale.

Les opposants évoquent un risque de fuite des capitaux et des difficultés de mise en œuvre.

La taxe Zucman vise à limiter les stratégies d’évasion fiscale utilisées par les grandes fortunes.

Elle pourrait compléter ou se substituer partiellement à certains impôts sur le patrimoine existants.

Selon ses partisans, la taxe Zucman pourrait générer des recettes importantes sans freiner la croissance.

Non, la taxe Zucman cible principalement les patrimoines personnels, pas directement les entreprises.