SCPI démembrement : stratégies, critères de sélection et fiscalité.

Arkefact Conseil en gestion de patrimoine - Bourel Alan
Alan Bourel
Fondateur et ingénieur patrimonial
Date de rédaction
13/11/2025

Introduction.

Le démembrement de propriété appliqué aux Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI) représente une stratégie d’investissement patrimoniale particulièrement sophistiquée et avantageuse sur le plan fiscal. Cette technique juridique, qui consiste à séparer temporairement la propriété d’un bien entre l’usufruit et la nue-propriété, offre des opportunités remarquables pour les investisseurs avisés.

Cet article rédigé par Arkefact Montpellier propose une analyse complète et approfondie du démembrement de SCPI, en explorant ses mécanismes juridiques et fiscaux, ses avantages stratégiques selon votre profil d’investisseur, les critères essentiels de sélection, ainsi que des stratégies avancées pour optimiser votre patrimoine immobilier. Que vous soyez un investisseur actif cherchant à constituer un capital sans fiscalité ou un retraité souhaitant maximiser vos revenus complémentaires, vous trouverez ici toutes les clés pour maîtriser cet outil patrimonial puissant.

Les fondamentaux.

Le principe juridique du démembrement.

Le démembrement de propriété trouve son origine dans le Code civil français et repose sur une distinction fondamentale : la pleine propriété d’un bien peut être divisée en deux droits distincts et complémentaires. D’une part, l’usufruit confère le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus (les loyers dans le cas d’une SCPI). D’autre part, la nue-propriété représente le droit de disposer du bien, c’est-à-dire d’en être propriétaire sans pouvoir l’utiliser ni en percevoir les fruits pendant la durée du démembrement.

Dans le contexte des SCPI, cette séparation prend une dimension particulièrement intéressante. L’investisseur peut choisir d’acquérir soit l’usufruit, soit la nue-propriété de parts de SCPI, créant ainsi deux profils d’investissement radicalement différents avec des objectifs patrimoniaux distincts.

La valorisation des droits démembrés.

La détermination de la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété constitue un élément essentiel du montage. Contrairement à ce que laisse penser une croyance répandue, il n’existe aucun barème fiscal officiel pour la valorisation d’un usufruit temporaire.

Dans la pratique, ce sont les sociétés de gestion de SCPI qui fixent la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété en fonction de leurs paramètres économiques, du rendement attendu et de la durée du démembrement.

Les valeurs de marché observées sont généralement les suivantes :

  • Usufruit 5 ans : 20–25 % de la pleine propriété
  • Usufruit 10 ans : 32–40 %
  • Usufruit 15 ans : 45–55 %
  • Usufruit 20 ans : 55–65 %

La nue-propriété représente donc : 100 % – valeur de l’usufruit.

Ainsi, pour un démembrement de 10 ans, on observe en pratique un usufruit valorisé autour de 35 à 40 %, et une nue-propriété valorisée entre 60 et 65 %, en cohérence avec les standards de marché.

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La nue-propriété de SCPI.

Un investissement fiscalement neutre.

L’acquisition de parts de SCPI en nue-propriété dans le cadre d’un démembrement temporaire présente plusieurs avantages fiscaux parfaitement conformes au droit en vigueur. Tout d’abord, le nu-propriétaire ne percevant aucun revenu pendant toute la durée du démembrement, il n’est soumis à aucune imposition. Il ne paie ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux, ni fiscalité liée aux loyers distribués par la SCPI. Cette absence totale de flux imposables permet à l’investisseur de constituer un patrimoine immobilier de manière fiscalement neutre, ce qui est particulièrement intéressant pour les contribuables fortement imposés.

Absence d'IFI.

Concernant l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), la règle applicable est claire et découle directement de l’article 968 du Code général des impôts ainsi que du BOFiP (BOI-PAT-IFI-20-20-20-10, §40). Dans le cas d’un démembrement temporaire, c’est l’usufruitier qui est redevable de l’IFI sur 100 % de la valeur du bien. Le nu-propriétaire, de son côté, n’a strictement rien à déclarer et n’est soumis à aucune imposition au titre de l’IFI pendant toute la durée du démembrement. Contrairement au démembrement viager, aucune décote légale (barème de l’article 669 du CGI) ne s’applique. Le nu-propriétaire bénéficie donc d’une neutralité totale à l’IFI.

La reconstitution progressive du capital.

L’un des attraits principaux de l’investissement en nue-propriété de SCPI réside dans le mécanisme automatique de reconstitution de la pleine propriété. Au terme de la période de démembrement, qui est fixée contractuellement dès l’acquisition, le nu-propriétaire récupère automatiquement et sans frais la pleine propriété des parts.

Cette reconstitution s’effectue sans formalité particulière et surtout sans taxation. Il ne s’agit ni d’une donation, ni d’une vente, ni d’une plus-value imposable, mais simplement de l’extinction naturelle du droit d’usufruit. L’investisseur se retrouve alors propriétaire de parts de SCPI en pleine propriété, dont la valeur a généralement progressé pendant la période de démembrement grâce à la revalorisation du patrimoine immobilier de la SCPI.

La performance globale de l’investissement en nue-propriété se mesure donc par l’effet de levier obtenu : l’investisseur a acquis les parts avec une décote initiale substantielle (généralement entre 30% et 50% selon la durée du démembrement), et récupère la pleine propriété valorisée au terme, tout en ayant économisé l’intégralité de la fiscalité pendant la période.

Les stratégies avancées de démembrement de SCPI.

Le démembrement croisé entre générations.

Une technique patrimoniale particulièrement efficace consiste à organiser un démembrement croisé entre parents et enfants. Dans cette configuration, les parents achètent la nue-propriété de parts de SCPI au profit de leurs enfants, tout en conservant l’usufruit pour eux-mêmes pour une durée limitée, ou inversement, ils acquièrent l’usufruit tandis que les enfants acquièrent la nue-propriété.

Cette stratégie permet d’optimiser la transmission patrimoniale tout en bénéficiant des abattements fiscaux liés aux donations. En effet, chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 euros par enfant tous les 15 ans sans fiscalité. En structurant l’opération via un démembrement, la valeur transmise (la nue-propriété) bénéficie d’une décote substantielle, permettant ainsi de transmettre une valeur économique réelle supérieure aux abattements.

Le démembrement temporaire pour optimiser la fiscalité.

Certains investisseurs utilisent le démembrement temporaire comme outil d’optimisation fiscale sur une période déterminée. Par exemple, un contribuable fortement imposé pendant sa période d’activité professionnelle peut acquérir la nue-propriété de parts de SCPI, échappant ainsi à la fiscalité pendant 10 à 15 ans, période correspondant à la fin de sa carrière.

Au moment où il prend sa retraite et que sa tranche d’imposition diminue, il récupère la pleine propriété et commence alors à percevoir les revenus, qui seront alors moins lourdement taxés. Cette stratégie permet de décaler la perception des revenus vers une période de moindre imposition, tout en bénéficiant de l’appréciation du capital entre-temps.

Usufruit en société, nue-propriété au dirigeant

La stratégie de démembrement croisé consiste à faire acheter l’usufruit des parts de SCPI par une société à l’IS, et la nue-propriété par la personne physique. La société perçoit les revenus et les impose à l’IS (avec possibilité d’amortir l’usufruit), ce qui optimise fortement la fiscalité et valorise sa trésorerie.

La personne physique achète la nue-propriété à prix décoté et ne paie aucune fiscalité pendant tout le démembrement, ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux. En cas de démembrement temporaire, elle ne déclare rien à l’IFI, l’usufruitier étant imposé sur 100 % de la valeur.

À l’échéance, la nue-propriété se reconstitue automatiquement en pleine propriété sans aucune fiscalité, permettant au particulier de récupérer un patrimoine à moindre coût, tandis que la société aura bénéficié pendant toute la période de revenus optimisés.

Les critères de sélection d'une SCPI en démembrement.

La qualité du patrimoine immobilier.

Le choix d’une SCPI pour un investissement en démembrement doit s’appuyer sur les mêmes critères fondamentaux que pour un investissement en pleine propriété, avec toutefois quelques spécificités. La qualité et la diversification du patrimoine immobilier constituent le premier critère d’analyse. Une SCPI détenant des actifs bien situés, dans des zones économiques dynamiques, avec des locataires de qualité et des baux longs, offrira une meilleure sécurité et un potentiel de revalorisation supérieur.

Pour le nu-propriétaire, ce dernier point est particulièrement crucial puisque sa performance dépendra essentiellement de l’appréciation de la valeur des parts entre l’acquisition et le terme du démembrement. Une SCPI investissant dans des actifs à fort potentiel de revalorisation (immobilier de bureaux dans des quartiers en développement, locaux commerciaux dans des zones attractives, etc.) sera préférable.

Le taux de distribution et sa pérennité.

Pour l’usufruitier, le taux de distribution historique et sa stabilité constituent des critères essentiels. Il convient d’analyser l’historique des distributions sur au moins 5 à 10 ans, en vérifiant la régularité et la progression des dividendes. Une SCPI capable de maintenir ou d’augmenter son taux de distribution dans la durée témoigne d’une gestion saine et d’un patrimoine de qualité.

Le taux d’occupation financier (TOF) représente également un indicateur crucial. Un TOF élevé (supérieur à 90%) indique que la SCPI parvient à maintenir ses actifs loués, garantissant ainsi la pérennité des revenus pour l’usufruitier.

Les aspects juridiques et fiscaux approfondis.

Le régime fiscal des plus-values en cas de revente.

Une question fréquemment posée concerne le traitement fiscal en cas de revente anticipée des parts démembrées avant le terme. Pour le nu-propriétaire, la revente des parts génère une plus-value calculée sur la différence entre le prix de vente et le prix d’acquisition de la nue-propriété. Cette plus-value est soumise au régime des plus-values immobilières avec application des abattements pour durée de détention.

L’un des avantages notables réside dans le fait que la durée de détention commence à courir dès l’acquisition de la nue-propriété, permettant ainsi de bénéficier des abattements même si l’investisseur ne détient pas encore la pleine propriété. Après 22 ans de détention, l’exonération est totale pour l’impôt sur le revenu, et après 30 ans pour les prélèvements sociaux.

Les implications en matière de succession.

Le traitement successoral des parts de SCPI démembrées présente des spécificités importantes à anticiper. En cas de décès de l’usufruitier avant le terme du démembrement, l’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété sans taxation. Ce mécanisme peut constituer un avantage successoral significatif dans le cadre d’une planification patrimoniale.

En revanche, en cas de décès du nu-propriétaire, ses héritiers reçoivent la nue-propriété qui est évaluée selon le barème fiscal en vigueur au moment du décès, en fonction de l’âge de l’usufruitier ou de la durée restant à courir. Cette valorisation réduite permet de diminuer les droits de succession à payer.

Conclusion.

L’investissement en SCPI démembrées est un outil patrimonial flexible permettant d’adresser des objectifs très différents selon que l’on acquiert la nue-propriété ou l’usufruit. La nue-propriété convient particulièrement aux investisseurs fortement imposés souhaitant constituer un capital sans fiscalité courante et optimiser leur IFI, tandis que l’usufruit s’adresse à ceux recherchant des revenus élevés sur une période déterminée avec un capital investi limité.

Cette stratégie doit toutefois être adaptée à la situation et aux objectifs de chacun. Un accompagnement professionnel est essentiel pour choisir les bonnes SCPI, structurer correctement le démembrement et l’intégrer dans une stratégie patrimoniale globale et cohérente.

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Questions

FAQ.

Une SCPI démembrement est une société civile de placement immobilier dont les parts sont divisées entre la nue-propriété et l’usufruit, permettant d’adapter son investissement à ses objectifs patrimoniaux ou fiscaux.

Le démembrement de SCPI sépare la propriété des parts : le nu-propriétaire détient la valeur du bien, tandis que l’usufruitier perçoit les revenus pendant une durée déterminée.

Le principal avantage d’une SCPI démembrement est la fiscalité allégée pour le nu-propriétaire, l’accès à un prix d’achat réduit et la préparation d’une transmission patrimoniale optimisée.

La durée du démembrement SCPI varie en général de 5 à 20 ans, selon le contrat et les besoins des investisseurs (revenus immédiats ou valorisation à long terme).

L’usufruitier perçoit les loyers générés par la SCPI pendant la période de démembrement, tandis que le nu-propriétaire récupère la pleine propriété des parts à la fin.

Pour investir en SCPI démembrement, il faut passer par une société de gestion ou un conseiller en gestion de patrimoine proposant des SCPI éligibles au démembrement temporaire.

La fiscalité d’une SCPI démembrement dépend du statut de l’investisseur : le nu-propriétaire ne paie aucun impôt sur les revenus, tandis que l’usufruitier est imposé sur les loyers perçus.

Choisir une SCPI en nue-propriété permet de se constituer un patrimoine à moindre coût, sans fiscalité pendant la durée du démembrement, idéal pour les contribuables fortement imposés.

Les risques principaux d’un démembrement SCPI concernent la valorisation des parts, la liquidité limitée et la baisse potentielle des loyers ou de la valeur du patrimoine immobilier.

La vente de parts de SCPI démembrées est possible, mais elle est plus complexe, car elle nécessite l’accord entre usufruitier et nu-propriétaire, et dépend du marché secondaire.

Une SCPI classique distribue directement les loyers à ses investisseurs, tandis qu’une SCPI démembrement sépare le droit de percevoir les revenus du droit de propriété.

Une SCPI en usufruit peut offrir une rentabilité supérieure à 6 % par an, mais sur une durée limitée, avec un risque plus élevé lié à la vacance locative.

À la fin du démembrement SCPI, la pleine propriété des parts revient automatiquement au nu-propriétaire, sans frais ni fiscalité supplémentaire.

La SCPI démembrement séduit les investisseurs à forte fiscalité, les retraités en quête de revenus temporaires, ou ceux qui préparent une transmission de patrimoine.