01 / Comprendre le modèle
Qu’est-ce qu’un Multi Family Office ?
L’Association française du family office (AFFO) définit le family office comme une structure d'accompagnement global, dédiée à une ou plusieurs familles, chargée de gérer, structurer et pérenniser leur patrimoine dans toutes ses dimensions. Elle pose trois principes : l'indépendance, la confidentialité et l'alignement des intérêts.
Le single family office est créé par une famille pour son seul compte, avec une équipe qu'elle emploie. Le multi family office sert plusieurs familles, chacune de manière individualisée et confidentielle. Il partage ainsi entre elles le coût d'une équipe et de ses outils.
Ce partage change la nature de la question. Il ne s'agit plus de savoir si votre fortune justifie une équipe dédiée, mais si votre patrimoine a besoin d'un coordinateur.
02 / Les missions
Quelles missions confier à un Multi Family Office ?
Les missions varient d'une structure à l'autre. On retrouve cependant cinq blocs dans la plupart des offres, qui recoupent ceux décrits par l'AFFO.
Rassembler l'information.
Comptes dans plusieurs banques, contrats d'assurance vie, holding, sociétés civiles, participations non cotées : le family office établit une cartographie complète et un reporting consolidé. C'est souvent la première fois que la famille voit son patrimoine sur une seule page.
Cette vision d’ensemble aide à identifier les concentrations de risque, les éventuels doublons de frais et les actifs à réexaminer.
Définir la stratégie et suivre les gérants.
Dans le cadre de ses habilitations, le family office propose une allocation globale selon l'horizon, les besoins de revenus et la tolérance au risque de la famille. Il sélectionne ensuite les gérants et les établissements, puis contrôle leurs résultats dans la durée.
Cette mission couvre souvent les actifs non cotés, comme les fonds de private equity ou les co-investissements en club deal. Leur suivi s'étend sur plusieurs années et demande une analyse documentaire rigoureuse.
Organiser la détention.
La façon de détenir les actifs conditionne la fiscalité des revenus, la gestion de la trésorerie et la transmission. Le family office étudie l'intérêt d'une holding, d'une société civile patrimoniale ou d'un démembrement, puis organise leur mise en place avec les juristes.
Coordonner les conseils.
Le family office ne remplace ni l'avocat, ni le notaire, ni l'expert-comptable. Il prépare leurs interventions, leur transmet une information à jour et veille à la cohérence de leurs travaux. La rédaction des actes et les consultations juridiques sont assurées dans le cadre des habilitations légales de chaque intervenant.
Préparer la transmission et la gouvernance.
Le family office organise la relation entre les générations : charte familiale, conseil de famille, préparation des héritiers. Il articule aussi les outils de transmission, comme la donation-partage, le pacte Dutreil pour l'entreprise familiale ou les clauses bénéficiaires des contrats d’assurance vie. La fiducie répond à une logique distincte : en France, elle ne peut pas être utilisée pour réaliser une libéralité au profit d’un bénéficiaire.
03 / Comparer les accompagnements
Multi Family Office, banque privée ou cabinet : que comparer ?
Ces acteurs se recoupent en partie. Le tableau les compare sur les critères qui comptent pour une famille ; il décrit des modèles types, et chaque structure peut s'en écarter.
| Critère | Single family office | Multi family office | Banque privée | Cabinet de conseil en gestion de patrimoine |
|---|---|---|---|---|
| Pour qui | Une seule famille, au patrimoine très important | Plusieurs familles au patrimoine complexe | Clients de l'établissement | Particuliers, dirigeants et familles |
| Périmètre | Global, administratif compris | Global, coordination des conseils | Surtout les avoirs déposés dans la banque | Variable selon le cabinet |
| Choix des produits | Libre | Selon le statut et le modèle de rémunération | Souvent ceux du groupe, parfois en architecture ouverte | Selon le statut et le modèle de rémunération |
| Coût | Charges fixes supportées par la famille | Mutualisé entre les familles | Frais et commissions bancaires | Honoraires, commissions ou les deux |
| À vérifier | Coût complet de l'équipe | Statuts, indépendance, profondeur du reporting | Liberté de choix hors du groupe | Statuts, méthode, capacité de coordination |
Ce tableau est une information générale. Les placements recommandés par ces acteurs, qu'il s'agisse de fonds, d'unités de compte ou de non coté, comportent un risque de perte en capital, et le non coté peut immobiliser l'argent pendant plusieurs années.
En pratique, la frontière entre un multi family office et un cabinet de conseil en gestion de patrimoine est souvent ténue. Elle tient au degré de coordination, à la profondeur du reporting et à la place donnée à la gouvernance familiale, plus qu'au nom affiché sur la porte.
04 / Le coût en pratique
Combien coûte l’accompagnement après une cession ?
Philippe, 61 ans, vient de céder l'entreprise qu'il a créée. Le produit de la cession est logé dans sa holding, qui détient aussi un immeuble professionnel. Le couple possède par ailleurs deux contrats d'assurance vie, un compte-titres dans une autre banque et une résidence secondaire. Leurs trois enfants ont entre 28 et 35 ans, et l'un d'eux vit à l'étranger.
Avant la cession, le patrimoine se pilotait seul : l'entreprise en était le centre. Après, Philippe a quatre établissements, un expert-comptable, un notaire et un avocat, qui ne se parlent pas.
Le travail de coordination se découpe en trois temps.
| Étape | Ce qui est fait | Qui intervient |
|---|---|---|
| 1. Cartographie | Inventaire des actifs, des frais, des clauses bénéficiaires et des statuts de la holding | Le coordinateur, avec les documents de la famille |
| 2. Stratégie | Découpage de la trésorerie de la holding selon les besoins, allocation globale, plan de transmission | Le coordinateur, puis l'expert-comptable et le notaire |
| 3. Mise en œuvre et suivi | Actes, ouverture des supports, reporting consolidé, revue annuelle | Les professions habilitées pour les actes, le coordinateur pour le suivi |
Pour comparer deux propositions d'honoraires, prenons les hypothèses suivantes, retenues pour l'exemple et qui ne constituent pas une référence de marché : 10 M€ d'actifs suivis, un forfait de 50 000 € par an pour la proposition A, 0,40 % des actifs suivis pour la proposition B, et des frais des supports de 0,60 % par an dans les deux cas.
| Proposition | Conseil | Frais des supports | Coût total annuel |
|---|---|---|---|
| A : forfait | 50 000 € | 60 000 € | 110 000 €, soit 1,10 % |
| B : proportionnelle | 40 000 € | 60 000 € | 100 000 €, soit 1,00 % |
Si les actifs suivis atteignent 15 M€, la proposition B coûte 60 000 € de conseil, contre 50 000 € pour le forfait. Le bon choix dépend donc de l'évolution attendue du patrimoine, et les frais des supports pèsent ici plus lourd que le conseil lui-même.
Cas illustratif à but pédagogique, sans projection de rendement. Une organisation réelle dépend de l'analyse complète de la situation de la famille.
05 / Vérifier les habilitations
Quelles règles et quels statuts faut-il vérifier ?
L'activité n'a pas de statut propre.
Aucun texte français ne réglemente spécifiquement l'activité de family office. Chaque service rendu relève en revanche de la réglementation qui lui est propre, ce qui rend la vérification des statuts indispensable.
Les statuts à vérifier.
Les habilitations dépendent des services réellement rendus. Le registre ORIAS permet de contrôler les statuts en assurance, banque et finance ; la carte professionnelle immobilière relève d’un contrôle distinct.
- Conseil en investissements financiers. Le conseil personnalisé sur des instruments financiers peut être exercé sous statut CIF ou par un prestataire habilité. Un CIF doit être immatriculé à l’ORIAS et adhérer à une association agréée par l’AMF.
- Assurance. Présenter des contrats d'assurance vie ou de capitalisation suppose une immatriculation d'intermédiaire en assurance, par exemple de courtier.
- Crédit. L'intermédiation en crédit relève du statut d'intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement (IOBSP).
- Immobilier. S'entremettre dans une transaction immobilière suppose une carte professionnelle.
Un CIF conseille, il ne gère pas.
Selon l’AMF, un CIF n'est pas autorisé à fournir le service de gestion de portefeuille pour le compte de tiers. Si la famille veut déléguer la gestion, celle-ci est confiée à un établissement agréé, que le family office sélectionne et surveille.
Conseil indépendant ou non indépendant.
En conseil indépendant, le CIF ne doit pas être rémunéré par l'établissement qui gère le produit proposé : s'il perçoit des rétrocessions, il vous les reverse intégralement, et il peut facturer des honoraires. En conseil non indépendant, il peut être rémunéré par la société de gestion ; s'il l'est dans la durée, il doit vérifier régulièrement que vos placements restent adaptés.
Les documents que vous devez recevoir.
Le CIF vous remet un document qui présente son statut et son numéro ORIAS, puis une lettre de mission qui décrit la prestation et sa rémunération. Après le conseil, il vous remet une déclaration d'adéquation qui explique en quoi ses propositions répondent à vos objectifs.
La fiscalité des solutions proposées dépend de votre situation personnelle et peut évoluer.
Les points à retenir avant de choisir
Le choix d’un coordinateur dépend des actifs à suivre, des intervenants à réunir et du niveau de service attendu. Comparez une mission écrite, les responsabilités de chacun, la fréquence du suivi et le coût total. Pour préciser vos priorités, vous pouvez échanger avec un expert Arkefact.

