Placement de trésorerie d'entreprise : instruments, stratégies et performance.

Arkefact Conseil en gestion de patrimoine - Bourel Alan
Alan Bourel
Fondateur et ingénieur patrimonial
Date de rédaction
06/02/2026

Introduction.

Le placement de trésorerie d’entreprise constitue un enjeu stratégique majeur pour les directions financières. Dans un contexte économique marqué par la volatilité des marchés et l’évolution constante des taux d’intérêt, la gestion optimale des excédents de liquidités représente non seulement une source potentielle de revenus supplémentaires, mais également un levier d’optimisation de la performance financière globale de l’entreprise.

Cet article rédigé par Arkefact Gestion de patrimoine Bordeaux propose une analyse approfondie des mécanismes, des instruments et des stratégies permettant aux entreprises de maximiser le rendement de leur trésorerie disponible tout en maîtrisant les risques inhérents à ces opérations. Il examine les fondamentaux de la gestion de trésorerie, détaille les différents instruments de placement disponibles, présente les méthodologies d’élaboration de stratégies adaptées, analyse les enjeux fiscaux et de performance, et explore les tendances actuelles et les perspectives d’avenir dans ce domaine en constante évolution.

Comprendre les fondamentaux du placement de trésorerie.

Définition et enjeux stratégiques.

Le placement de trésorerie d’entreprise désigne l’ensemble des opérations financières visant à valoriser les excédents de liquidités temporaires ou structurels dont dispose une organisation. Il ne s’agit pas simplement de laisser dormir des fonds sur un compte courant non rémunéré, mais bien de les faire fructifier à travers des supports d’investissement adaptés au profil de risque et aux besoins de l’entreprise.

Les enjeux sont multiples. D’abord, il s’agit d’optimiser la rentabilité financière en générant des produits financiers qui viennent améliorer le résultat net de l’entreprise. Ensuite, une bonne gestion de trésorerie permet de maintenir un équilibre entre liquidité et rendement, assurant ainsi la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements à court terme tout en maximisant la valorisation de ses actifs disponibles. Enfin, dans un environnement où chaque point de base compte, le placement de trésorerie s’inscrit dans une démarche globale d’optimisation de la structure financière.

Le cadre réglementaire et comptable.

Le placement de trésorerie s’inscrit dans un cadre réglementaire strict. Les entreprises doivent se conformer aux normes comptables en vigueur, qu’il s’agisse des normes IFRS pour les groupes cotés ou du plan comptable général pour les autres entités. Ces normes imposent une classification rigoureuse des placements selon leur nature et leur horizon temporel : valeurs mobilières de placement (VMP), disponibilités, ou autres instruments financiers.

Par ailleurs, certaines réglementations sectorielles peuvent limiter la nature ou le volume des placements autorisés. Les établissements financiers, les compagnies d’assurance ou les organismes publics sont soumis à des règles prudentielles spécifiques qui encadrent strictement leurs capacités d’investissement. La connaissance approfondie de ce cadre légal constitue donc un préalable indispensable à toute stratégie de placement.

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Les solutions de placement de trésorerie privilégiées.

Le contrat de capitalisation : le couteau Suisse.

Le contrat de capitalisation est souvent présenté comme le cousin de l’assurance-vie, mais adapté aux personnes morales (sociétés à l’IS, holdings, sociétés patrimoniales). Concrètement, c’est une enveloppe financière unique qui permet à l’entreprise de faire travailler sa trésorerie excédentaire tout en conservant une grande souplesse.

Son principal atout réside dans la diversification très large des placements qu’il permet. À l’intérieur d’un même contrat, l’entreprise peut investir simultanément sur des fonds euros sécurisés, des supports obligataires, des actions, de l’immobilier financier, ou encore des supports plus dynamiques comme le private equity. Cela permet de construire une allocation sur mesure, en fonction du niveau de risque accepté et de l’horizon de placement, sans multiplier les comptes ou les supports juridiques.

Autre avantage majeur : la liquidité. Comme une assurance-vie, le contrat de capitalisation permet de récupérer du cash à tout moment par des rachats partiels ou totaux. La trésorerie reste donc disponible (sous une à deux semaines) pour faire face à un besoin ponctuel, une opportunité d’investissement ou un aléa de l’activité, ce qui en fait un outil particulièrement adapté à la gestion financière d’une entreprise.

En complément, le contrat de capitalisation peut aussi servir de support de financement. Il est souvent possible de mettre en place un crédit lombard, c’est-à-dire d’emprunter en nantissant le contrat, sans avoir à vendre les actifs qui le composent. L’entreprise conserve ainsi ses investissements tout en dégageant de la liquidité, ce qui est particulièrement pertinent pour financer un projet ou lisser un besoin de trésorerie temporaire.

Enfin, il est également possible d’opter pour des contrats de capitalisation luxembourgeois, qui offrent un niveau de protection du capital renforcé par rapport aux contrats français. Grâce au cadre réglementaire luxembourgeois, et notamment au principe du triangle de sécurité, les actifs du contrat sont juridiquement séparés de ceux de la compagnie d’assurance, ce qui renforce la sécurité des fonds en cas de défaillance de l’assureur. Ces contrats permettent par ailleurs d’accéder à une architecture financière encore plus ouverte, avec un univers d’investissement très large et des solutions sur mesure pour les entreprises disposant d’une trésorerie significative.

Le Private Equity : dynamiser sur le long terme.

Le Private Equity consiste à investir dans des entreprises non cotées, à différents stades de leur développement (croissance, transmission, restructuration). Pour une entreprise ou une holding disposant d’une trésorerie excédentaire, il s’agit d’un levier intéressant pour aller chercher de la performance sur le long terme, en contrepartie d’un horizon d’investissement plus long et d’une liquidité réduite.

Intégré au sein d’une holding, le Private Equity permet de donner une véritable dimension entrepreneuriale à la gestion de la trésorerie. L’entreprise devient alors investisseur dans l’économie réelle, en accompagnant le développement de sociétés sélectionnées par des équipes de gestion spécialisées. Cette approche est particulièrement pertinente pour des dirigeants ayant déjà sécurisé une partie de leur trésorerie sur des supports plus prudents et souhaitant diversifier vers des actifs plus dynamiques.

Le Private Equity peut être mis en œuvre via des fonds dédiés, offrant une mutualisation des risques, ou par des investissements plus ciblés. Il s’inscrit généralement dans une logique de temps long (5 à 10 ans), avec une valorisation progressive et de fortes perspectives de plus-values à terme (10 % à 13 % de rendement / an en moyenne). Bien qu’il ne génère pas de revenus immédiats, il constitue un excellent complément aux solutions plus liquides, pour renforcer le potentiel de performance globale du patrimoine de l’entreprise.

Les SCPI : la subtilité de l'usufruit en personne morale.

Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) constituent une solution particulièrement adaptée aux entreprises souhaitant investir dans l’immobilier sans en supporter les contraintes de gestion. Elles permettent d’accéder à un patrimoine immobilier diversifié (bureaux, commerces, santé, logistique, Europe) et de percevoir des revenus réguliers, tout en déléguant intégralement la gestion.

Une entreprise peut investir en SCPI en pleine propriété, afin de percevoir des loyers sur la durée et de s’exposer à la valorisation potentielle des parts. Cette approche convient à une trésorerie stable, avec un objectif de revenus complémentaires et de diversification patrimoniale.

Cependant, pour les personnes morales, la stratégie la plus pertinente est très souvent l’investissement en usufruit temporaire de SCPI. Dans ce schéma, l’entreprise acquiert uniquement l’usufruit des parts pour une durée déterminée (généralement entre 5 et 15 ans), à un prix fortement décoté par rapport à la pleine propriété. En contrepartie, elle perçoit 100 % des revenus distribués par la SCPI pendant toute la durée de l’usufruit.

Cette stratégie présente plusieurs avantages majeurs :

  • générer des revenus élevés sur une période donnée,
  • coût d’acquisition de l’usufruit amortissable comptablement durant toute la durée d’investissement,
  • Pas d’immobilisation long terme de la trésorerie,
  • adaptation parfaite aux objectifs de rendement des sociétés à l’IS.

À l’issue de la période d’usufruit, celui-ci s’éteint automatiquement, sans contrainte de revente. L’opération est donc claire, bornée dans le temps, et particulièrement efficace pour transformer une trésorerie excédentaire en flux de revenus immédiats, tout en conservant une grande simplicité de gestion.

Élaborer une stratégie de placement adaptée.

L'analyse des besoins et des contraintes.

L’élaboration d’une stratégie de placement commence par une analyse approfondie de la structure de trésorerie de l’entreprise. Il convient de distinguer la trésorerie opérationnelle, nécessaire au fonctionnement quotidien et qui doit rester immédiatement disponible, de la trésorerie excédentaire temporaire, liée à des décalages saisonniers ou à des opérations exceptionnelles, et enfin de la trésorerie excédentaire structurelle, qui peut faire l’objet de placements à plus long terme.

Cette analyse doit s’appuyer sur des prévisions de trésorerie fiables, établies sur différents horizons temporels. Les plans de trésorerie quotidiens, hebdomadaires et mensuels permettent d’identifier avec précision les périodes d’excédents et de tensions, et donc de calibrer les placements en conséquence. Plus la visibilité sur les flux futurs est grande, plus il est possible de s’engager sur des placements de durée significative offrant des rendements attractifs.

La définition de la politique de placement.

La politique de placement doit être formalisée dans un document de référence validé par la direction générale et, le cas échéant, par le conseil d’administration. Ce document définit les objectifs poursuivis, les instruments autorisés, les limites de risque acceptable (en termes de contrepartie, de duration, de concentration), et les procédures de suivi et de reporting. Il établit également les délégations de pouvoir et les processus de décision applicables aux opérations de placement.

Une politique de placement efficace doit intégrer une approche par allocation d’actifs. Plutôt que de procéder à des placements opportunistes au coup par coup, il s’agit de définir une répartition cible entre différentes classes d’actifs (monétaire pur, court terme, moyen terme) en fonction de l’horizon d’investissement et de l’appétence au risque. Cette allocation peut ensuite être ajustée tactiquement en fonction de l’évolution des conditions de marché et des anticipations sur les taux d’intérêt.

Les solutions retraite : optimiser la trésorerie et préparer l’avenir.

Les dispositifs de retraite collective : PEI / PEE / PER collectif (PERCOL).

Les dispositifs d’épargne salariale et retraite collective, tels que le Plan d’Épargne Interentreprises (PEI) ou le Plan d’Épargne Retraite Collectif (PERCOL), constituent des outils particulièrement performants pour les entreprises, notamment les TPE et PME.

Leur principal intérêt réside dans la possibilité pour la société de verser des abondements et intéressements, qui sont :

  • déductibles du résultat imposable de l’entreprise,
  • faiblement chargés socialement,
  • et investis au profit des salariés et du dirigeant.

Ces versements permettent donc de transformer une partie de la trésorerie en épargne retraite, tout en réduisant la fiscalité globale de la société. Pour le dirigeant, sous réserve de la présence d’au moins un salarié, ces dispositifs offrent un cadre très efficace pour se constituer une retraite complémentaire dans des conditions souvent bien plus avantageuses qu’une rémunération classique.

Les sommes investies peuvent être placées sur une large gamme de supports (fonds prudents, dynamiques, ISR, actions, obligations), et bénéficient d’un cadre fiscal attractif à la sortie, notamment en cas de départ à la retraite. Le PERCOL s’impose ainsi comme un outil stratégique, à la fois social, fiscal et patrimonial.

Les solutions de retraite individuelle : PER individuel et PER « Madelin ».

En complément des dispositifs collectifs, le Plan d’Épargne Retraite individuel (PER), notamment dans sa version PER Madelin pour les travailleurs non salariés, permet au dirigeant d’investir à titre personnel, tout en utilisant la capacité financière de son activité professionnelle.

Les versements effectués sur un PER Madelin sont déductibles du revenu professionnel (dans les plafonds légaux), ce qui permet de réduire immédiatement l’imposition tout en constituant une épargne dédiée à la retraite. Ce mécanisme est particulièrement pertinent pour les dirigeants fortement imposés, souhaitant arbitrer entre rémunération immédiate et préparation de long terme.

Le PER individuel offre une grande souplesse d’investissement, avec un accès à de nombreux supports financiers, et permet une sortie à la retraite sous forme de rente, de capital ou d’un mix des deux, selon les besoins du dirigeant au moment venu. Il constitue ainsi un excellent outil pour sortir du cash de l’activité, l’orienter vers un objectif personnel structurant, et lisser la fiscalité dans le temps.

Conclusion.

Le placement de trésorerie d’entreprise représente bien plus qu’une simple opération technique de gestion financière. Il constitue un levier stratégique d’optimisation de la performance, contribuant directement au résultat de l’entreprise tout en assurant la sécurité et la disponibilité des ressources nécessaires à son activité. La maîtrise de cet exercice suppose une connaissance approfondie des instruments disponibles, une méthodologie rigoureuse d’analyse et de décision, et une vigilance constante dans le suivi des risques.

Dans un environnement financier en constante évolution, marqué par les fluctuations des taux d’intérêt, les transformations réglementaires et l’émergence de nouvelles exigences en matière de finance durable, les trésoriers doivent faire preuve d’agilité et d’expertise pour adapter en permanence leur stratégie de placement. L’équilibre optimal entre sécurité, liquidité et rentabilité n’est jamais définitivement acquis mais résulte d’un processus continu d’analyse, d’arbitrage et d’ajustement. C’est à ce prix que le placement de trésorerie peut pleinement jouer son rôle de création de valeur au service de la performance globale de l’entreprise.

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Questions

FAQ.

Un placement de trésorerie d’entreprise consiste à investir les excédents de trésorerie afin de les faire fructifier sans nuire à la liquidité.

Le placement de trésorerie d’entreprise permet d’optimiser les liquidités inutilisées et d’améliorer la rentabilité financière.

Les principaux objectifs sont la sécurité du capital, la disponibilité des fonds et un rendement adapté.

Les placements de trésorerie d’entreprise incluent les comptes à terme, SICAV monétaires, obligations et fonds court terme.

La durée dépend des besoins de liquidité, généralement de quelques jours à quelques mois.

Les risques sont généralement faibles mais peuvent inclure un risque de marché ou de contrepartie.

Oui, la liquidité est un critère clé du placement de trésorerie d’entreprise.

Il faut analyser les besoins de trésorerie, le niveau de risque acceptable et l’horizon de placement.

Les revenus générés sont soumis à l’imposition de l’entreprise selon son régime fiscal.

Oui, le placement de trésorerie d’entreprise est accessible aux PME comme aux grandes entreprises.

Oui, il est adapté aux entreprises ayant des flux de trésorerie variables.

Oui, la diversification permet de sécuriser et d’optimiser le placement de trésorerie d’entreprise.

Oui, un conseiller financier peut accompagner la mise en place d’un placement de trésorerie d’entreprise.

Revoir son placement de trésorerie d’entreprise permet de l’adapter à l’évolution de l’activité et des marchés.